Le talisman d'Ibonia

Odin'Ibonia
Matériaux et Techniques : Bois, perles de verre, morceau d'étoffe, os de zébu.
Tahan-tombo, haitao : hazo, vakana, ravidamba, taolan'omby.
Musée du Quai Branly (Paris). N° inventaire : 71.1966.140.18
Dimensions : 32,5 x 11 x 2,5 cm, 50 g

Talismans, amulettes et charmes sont présents dans toutes les civilisations, où ils témoignent de l’importance du sacré dans le quotidien des hommes et de leur besoin de se protéger contre le mauvais sort. Les programmes d’Histoire et de Français de Sixième, centrés en partie sur l’Antiquité, interrogent précisément la place du sacré dans les sociétés et ses manifestations aux niveaux artistique et esthétique, politique (rapport au pouvoir temporel) et institutionnel (Eglise), social (interdits, règles, transgressions), archéologique et historique (apparition, évolution, disparition). L’idée est d’approfondir ce rapport de l’homme à l’invisible et au surnaturel en s’appuyant sur un talisman malgache conservé au Musée du Quai Branly et en éclairant le symbolisme de l’œuvre à l’aide d’un conte fondateur de la Grande Île, le mythe d’Ibonia.
Ressources pédagogiques: 
Points de départ :
On pourra revenir en milieu d’année scolaire en Histoire sur les lieux et objets du sacré vus dans les mondes mésopotamien, égyptien, grec, celte et romain. Ces formes du sacré peuvent être mises en parallèle avec des extraits des grands récits étudiés en Français (Récit de Gilgamesh, Iliade et Odyssée, Enéide, Métamorphoses d’Ovide, etc.).

La photographie du talisman :
On projette la photographie du talisman choisi parmi les quelques 300 colliers magiques malgaches conservés dans les collections du Musée du Quai Branly. Ces amulettes proviennent pour la plupart de l’ancien fonds Madagascar du Musée de l’Homme ; il s’agit de pièces de sorcellerie le plus souvent confisquées au temps de la colonisation voire dès 1869. On trouve de tels colliers au Musée de la Gendarmerie à Moramanga et au Musée d’Ethnologie de Tsimbazaza à Antananarivo.
Les élèves essaient de décrire le collier et de différencier les éléments qui le composent, à partir du cartel et des précisions concernant les matériaux et techniques (bois, perles de verre, morceau d'étoffe, os de zébu).
Une question centrale émerge : quel(s) pouvoir(s) possède ce talisman ?

La recherche sur Internet :
Pour y répondre, une recherche est menée sur Internet sur les contes malgaches qui mettent en scène des talismans.
Le talisman de Bere (Ny aodin'i Bere) évoque ainsi un mohara, cette corne de zébu évidée et décorée par des rangées de perles, contenant une sorte de pâte épaisse et noire dans laquelle sont plantées des lames de ciseaux.
Mais c’est le poème épique Ibonia qui donne une place centrale aux talismans ou ody en langue malagasy.

Le Mythe d’Ibonia :
Des extraits de l’œuvre sont recherchés sur Internet. François Noiret a édité chez Karthala en 2008 les différentes versions d’un texte qui est considéré comme le plus important (par sa longueur) et l’un des plus significatifs (par son contenu et par sa beauté littéraire) des œuvres de la tradition orale malgache.
Chaque talisman porte dans l’ouvrage un nom très imagé qui évoque soit sa forme soit son pouvoir. Les élèves retrouvent ces noms en malgache et en français. Les extraits sélectionnés sont étudiés en version bilingue : lien = http://aefe-madagascar.histegeo.org/IMG/pdf/extraits_bilingues_conte_Ibo...
Exemple
« Ary rehefa omby ao amin’ny ody hianareo, dia tsy maintsy hisy rambondanitra ny andro, fa tsy hiteny izy ; ary dia mitenena hianao hoe : "Raha hianao no Itokamahasesitany sy Itokambololona ary Imenaringitra, dia ampitsaharo ny rivotra, sy alavoy tsy amin-kofehy ny omby, ary areheto ny afo handorana ny omby ; ary mitohiza tena, ka misampaza atỳ amiko, raha hahasoa ka hahatsara."
Et quand vous serez arrivé sur le lieu des talismans, il y aura fatalement une tornade, mais qui ne dira rien ; toi, parle alors et dis : "Si tu es le Seul-capable-d'exiler-de-la-terre, la Pousse-unique et le Rouge-crépu, arrête ce vent, renverse ce bœuf sans la corde, et allume le feu pour rôtir le bœuf ; et si vous devez me bénir et m'être utile, mettez-vous en collier et venez vous placer en talismans sur mes épaules". »

Le jeu des correspondances :
A partir de l’étude d’Ibonia, les élèves reconstruisent la trame chronologique du conte : puisque le Prince doit affronter les talismans de son rival Raivato, il lui faut se doter d’amulettes qui constitueront des contre-pouvoirs. Une première étape consiste donc à se livrer à un jeu de correspondances entre les trois talismans des deux guerriers.
Dans un second temps, le jeu des correspondances se poursuit mais à partir des éléments du collier. A chaque objet est associé un des talismans du récit poétique.

Le travail d’écriture :
Le choix est fait d’écrire un récit où c’est Ibonia lui-même qui décrit son talisman et ses pouvoirs magiques. Cette option permet à la fois de décrire l’œuvre et de proposer des éléments d’interprétation en évitant, surtout pour des élèves de Sixième, de recopier des passages du conte.
Un texte est alors produit en commun : lien = http://aefe-madagascar.histegeo.org/IMG/pdf/texte_sixieme_Ibonia.pdf

L’enregistrement sonore :
Chaque élève enregistre individuellement sa lecture du texte. Le fichier est envoyé au format .mp3 à l'adresse mail de l’enseignant. Les élèves ont soit utilisé les fonctions intégrées (Magnétophone sous Windows), soit téléchargé une application ou un logiciel dédié (exemple : Audacity) ou bien se sont enregistrés en ligne (par exemple via https://soundcloud.com).
Ecouter un exemple de lecture : lien = http://aefe-madagascar.histegeo.org/IMG/mp3/Ibonia_eleve_6e_LFT.mp3

Autres approches :
On pourrait partir d’un angle différent : faire rechercher aux élèves les pouvoirs attribués aux perles de verre ou aux morceaux d’argent, de bois, d’os ou de dent (voir bibliographie ci-dessous), leur faire composer leur propre talisman fictif et écrire un récit où l’amulette est utilisée pour ses pouvoirs. On pourrait aussi réaliser des colliers en Arts plastiques, même si les perles de verre utilisées pour la magie sont des productions anciennes de Murano.

Exemple de descriptif de perle :
La perle tsilaiby était utilisée pour se préserver des coups de sagaie ou de couteau et contre toutes les armes en fer. Par son caractère comme par sa forme, elle se place dans la tradition des cornalines, qui avaient le pouvoir d'arrêter le sang. C'est pourquoi elle entrait dans la composition des ody royaux, protection du souverain et des chefs partant en expéditions guerrières. Elle figure dans les ody basy, littéralement, les « charmes-fusils », amulettes des soldats au combat. Au début du XXe s., les Malgaches la considéraient comme la meilleure protection contre les balles dans un combat. Elle a été beaucoup demandée par les tirailleurs envoyés en France. Des prix très élevés en ont été offerts. Tout soldat, quelle que soit l'influence de sa naissance, pouvait porter la tsilaiby qui ne peut en rien lui être contraire ou néfaste.

Peinture :
Un tableau comme L'Infant Philippe Prosper peint en 1659 par Diego Vélasquez montre l’importance accordée au XVIIe s. aux amulettes pour préserver la santé fragile du seul héritier de la couronne d’Espagne.

Prolongements :
Les symboles qui figuraient sur les amulettes ont été souvent repris ou détournés. Il suffit de citer le pentacle, le triskel celte, l’ankh égyptien ou le « dream catcher » amérindien. A cet égard, on peut se demander si le collier n’a pas été dans certains cas supplanté aujourd’hui par le tatouage.
Au cours de l’année, une réflexion peut aussi être menée sur la nature des pendentifs d’origine religieuse (crucifix, médaille de la Vierge, étoile de David...) : signes d’appartenance à une communauté ? signes de dévotion ? signes protecteurs ?...
Une place particulière peut être réservée à la svastika, cette croix gammée que l’on retrouve dans le monde entier à différentes périodes de l’histoire.
Les représentation de parties du corps peuvent aussi être interrogées : outre la main de Fatma, on retrouve dans de nombreuses civilisations la représentation de l’œil faste ou néfaste (œil oudjat chez les Egyptiens, ophtalmoi sur les trières grecques, yeux de Bouddha sur les sanctuaires et Nazar boncuk dans le monde turc).

Pour contacter l’auteur de cet article, arnaud.leonard@egd.mg

Bibliographie en ligne

Christine Athenor, Marion Trannoy, « Ody, talismans malgaches, liens de mémoire », Cahiers scientifiques, fascicule 11, Centre de conservation et d'étude des collections, Musée des Confluences de Lyon, 2015. Lien : http://lc.cx/Vv4
Jeanne Ravaosolo, « Les plantes dans la fabrication de talismans utilisés en phytothérapie dans le Sud-Ouest malgache », Études Océan indien, 42-43, 2009. Lien : http://oceanindien.revues.org/869
Jean Bertin Iréné Ramamonjisoa, « Sans la plante, point de devin-guérisseur », Études Océan indien, 42-43, 2009. Lien : http://oceanindien.revues.org/867
Marcelle Urbain-Faublée, Jacques Faublée, « Charmes magiques malgaches », Journal de la Société des Africanistes. 1969, tome 39 fascicule 1. pp. 139-149. Lien : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_19...
J. Millot, « L’ethnobotanique malgache », Civilisation malgache 1, Fac des Lettres et Sciences Humaines, Tananarive, 1964, 15-23. Lien : http://madarevues.recherches.gov.mg/IMG/pdf/civilisation1_3_.pdf
S. Bernard-Thierry, « Perles magiques à Madagascar », Journal de la Société des Africanistes. 1959, tome 29 fascicule 1. pp. 33-90. Lien : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_19...
C. H. Weisgerber, « A propos d'un fétiche malgache », dans Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, VIII° Série. Tome 4, 1933. pp. 22-24. Lien : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1...
Charles Renel, Les amulettes malgaches. Ody et sampy. Tananarive, Bulletin de l’Académie Malgache, Tome 2, 1915-1919, 281 pages, 16 planches illustrées. Lien : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6540831t