Sanguine.

Sans-titre
par Gaude
XXème siècle. Papier canson à grains
Fianarantsoa
Tsy misy lohateny. "Sanguine".
Taonjato faha 20
Par des élèves de 4ème :

"Cet homme porte un chapeau. Il a une canne qui détermine qu'il est assez âgé. On ne peut voir qu'un oeil, car la main avec laquelle il s'appuie sur la canne, cache l'autre. Une partie de son visage se reflète sur une vitrine ou un miroir, où son autre main est posée. Dans son regard, on peut voir de la tristesse ou du désespoir. L'artiste a utilisé des couleurs chaudes. Ces couleurs me font penser à la terre. Le dessin est très réaliste, semblable à une photo. On ne voit que la tête de l'homme et juste une partie de son buste". (Anja).

"Je trouve que la couleur choisie par l'artiste met en valeur la scène. Le gros plan fait sortir les moindres veines, rides ou même les os. On peut voir une partie de son visage dans le reflet de la vitrine ; je trouve que c'est réussi. En regardant son chapeau, mon imagination m'emmène dans un univers un peu différent de la ville, celui de la campagne. Maintenant, je me demande ce qu'il regarde. Des tableaux ?" (Enzo)

"Il se soucie de l'avenir de ses petits enfants. C'est au moment d'un coucher de soleil" (Angela).

"Il regarde son reflet dans la vitrine comme s'il avait une vision" (Adriana).

"Il a l'air très concentré. Il cherche quelque chose dans la vitrine. L'image est en gros plan. On voit que c'est un Malgache d'au moins 70 ans. Il est triste car il n'a pas assez d'argent pour acheter l'objet qu'il regarde. C'est un Betsileo : on le reconnait à son chapeau en dara et au malabary qu'il porte" (Cardin).

"Il vient de vendre ses vêtements, et il va acheter de la nourriture pour nourrir ses enfants" (Steeven).

"Il réfléchit à ce qui va se passer" (Fy).

"Il semble soucieux, déçu ou apeuré" (Laurena).

"Il est patient d'attendre ce qu'il lui faut, même si ça dure longtemps" (Alice).

"Son pouce a l'air un peu mal fait ; on dirait qu'il a une maladie. Peut-être a-t-il perdu sa femme" (Ilyan)

"Il a l'air de regarder son reflet sur la vitrine de la table où il se tient ; ou alors il vient de lire une lettre, et il est en train de penser à ce qui a été écrit dedans. Je pense que le peintre qui l'a dessiné a vécu la même chose et qu'il a voulu le partager au monde entier" (Jason)

"Peut-être est-il assis dans une bijouterie à contempler une magnifique bague" (Shazane)

Par des élèves de 6ème :




Ressources pédagogiques: 
Brève histoire de la sanguine :

Je fais une recherche sur la technique de la sanguine : 
Pigments, outils, papier, fixatif ?
Quels types d’œuvres ?
Historique de cette technique ? 
Début, apogée, modernité de la sanguine ?

Puis-je citer quatre ou cinq grands peintres ayant pratiqué la sanguine ?
Par exemple, L. de Vinci et l' autoportrait qu'on lui attribue.

Que permet la sanguine ?
Pour quels motifs fréquents recourt-on naturellement à la sanguine ?

Parfois les sanguines peuvent servir de travail préparatoire à l’œuvre.
Pourquoi ?

La sanguine à Madagascar :
Quel intérêt la sanguine peut-elle avoir pour représenter les scènes de Madagascar, l’Ile Rouge ?
Les teintes rouges dominant, on peut réfléchir sur les couleurs : introduisent-elles du réalisme ou au contraire nous écartent-elles du réel ?
Teintes de rouge, jeux de blancs.

Approfondir la description.
Un vieillard au regard d'enfant ?

Les positions des mains.
Quel type de gestes ?
Qu’en déduire sur l’état du vieillard ?

L’inclinaison de la tête.
Que vient-il de faire ou d’entendre ?

L’expression du regard.
Qui regarde-t-il ?

Visage : bouche, rides..

La simplicité de l’habit.
Elégance ? Noblesse ? Simplicité ? Dignité ?


L’angle de vue.
Le cadrage.
Cadrage intime.
Verrai-je autant de détails si j’étais réellement à cette distance ?
Si je prenais une photo ?
Plan rapproché : Réalisme ou hyperréalisme ?

Le lieu.
Une vitre ?
Que demande ce vieil homme ?

Quelles parties du corps sont agrandies ?
Démesurément ou raisonnablement ?

Les sentiments.
L’expression du visage : innocence ? inquiétude ? naïveté ? désespoir ? résignation ? sagesse ? fardeau ?

Dans le domaine des arts du langage, sur le thème de la vieillesse :

                   "Les petites Vieilles", de Charles Baudelaire.

                                                      A Victor Hugo

                                      I.

Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements,
Je guette, obéissant à mes humeurs fatales
Des êtres singuliers, décrépits et charmants.

Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
Frémissant au fracas roulant des omnibus,
Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus ;

Ils trottent, tout pareils à des marionnettes ;
Se traînent, comme font les animaux blessés,
Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes
Où se pend un Démon sans pitié ! Tout cassés

Qu'ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille,
Luisants comme ces trous où l'eau dort dans la nuit ;
Ils ont les yeux divins de la petite fille
Qui s'étonne et qui rit à tout ce qui reluit.

- Avez-vous observé que maints cercueils de vieilles
Sont presque aussi petits que celui d'un enfant ?
La Mort savante met dans ces bières pareilles
Un symbole d'un goût bizarre et captivant,

Et lorsque j'entrevois un fantôme débile
Traversant de Paris le fourmillant tableau,
Il me semble toujours que cet être fragile
S'en va tout doucement vers un nouveau berceau ;

A moins que, méditant sur la géométrie,
Je ne cherche, à l'aspect de ces membres discords,
Combien de fois il faut que l'ouvrier varie
La forme de la boîte où l'on met tous ces corps.

- Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes,
Des creusets qu'un métal refroidi pailleta...
Ces yeux mystérieux ont d'invincibles charmes
Pour celui que l'austère Infortune allaita !

                                II.

De Frascati défunt Vestale enamourée ;
Prêtresse de Thalie, hélas ! dont le souffleur
Enterré sait le nom ; célèbre évaporée
Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,

Toutes m'enivrent ; mais parmi ces êtres frêles
Il en est qui, faisant de la douleur un miel
Ont dit au Dévouement qui leur prêtait ses ailes :
Hippogriffe puissant, mène-moi jusqu'au ciel !

L'une, par sa patrie au malheur exercée,
L'autre, que son époux surchargea de douleurs,
L'autre, par son enfant Madone transpercée,
Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs !

                                     III.

Ah ! que j'en ai suivi de ces petites vieilles !
Une, entre autres, à l'heure où le soleil tombant
Ensanglante le ciel de blessures vermeilles,
Pensive, s'asseyait à l'écart sur un banc,

Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre,
Dont les soldats parfois inondent nos jardins,
Et qui, dans ces soirs d'or où l'on se sent revivre,
Versent quelque héroïsme au coeur des citadins.

Celle-là, droite encor, fière et sentant la règle,
Humait avidement ce chant vif et guerrier ;
Son oeil parfois s'ouvrait comme l'oeil d'un vieil aigle ;
Son front de marbre avait l'air fait pour le laurier !

                                    IV.

Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
A travers le chaos des vivantes cités,
Mères au coeur saignant, courtisanes ou saintes,
Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire,
Nul ne vous reconnaît ! un ivrogne incivil
Vous insulte en passant d'un amour dérisoire ;
Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

Honteuses d'exister, ombres ratatinées,
Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ;
Et nul ne vous salue, étranges destinées !
Débris d'humanité pour l'éternité mûrs !

Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
L'oeil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
Tout comme si j'étais votre père, ô merveille !
Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins :

Je vois s'épanouir vos passions novices ;
Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus ;
Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices !
Mon âme resplendit de toutes vos vertus !

Ruines ! ma famille ! ô cerveaux congénères !
Je vous fais chaque soir un solennel adieu !
Où serez-vous demain, Èves octogénaires,
Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu ?


Poème bilingue de Jean-Joseph Rabearivelo, dans Presque-Songes (1934) : "Le bien Vieux"

                  "Le bien Vieux"

J’avais bien vu des vieux et des vieux
avant de placer mes deux mains
dans celles de celui qui sait lire le Sort
dans les paumes,
avant de les lui offrir
pour qu’il y cherchât les monts et les plaines
cultivés par mon étoile.

J’avais vu des vieux et des vieux,
mais pas un comme celui-là.

La nuit de ses cheveux d’antan
était remplacée par la pleine lune de sa calvitie,
entourée d’un mince buisson blanc ;
et sa bouche qui ne savait plus parler
qu’aux ancêtres qui l’attendaient, 
balbutiait comme celle d’un enfant,
bien qu’elle révélât l’Inconnu.

Que pouvaient encore voir ses yeux lourds des jours vécus ?
Captive y était sa jeunesse !
Captive sans espoir d’évasion !

Et quand il me regarda, quand il explora les monts et les plaines
dans le creux de mes mains,
quand son regard éteint croisa le mien
et y devina une flamme pacifique,
je crois encore que sa jeunesse s’y débattait,
s’y débattait en pure perte !

Mais non ! la captive put briser ses liens
et fut délivrée :
elle était réincarnée dans la mienne,
selon la croyance du bien vieux
qui se mirait en moi.

Version malgache, lue par George puis Johanne, ci-dessous, à lire et à écouter :






                   Ilay tena antitra


Efa nahita antitra maro dia maro aho
talohan' ny nametrahako ny tanako roa
tao anatin' ny an' ilay mamaky ny vintana
ao anatin' ny felatanana,
talohan' ny nanolorako azy
hizahany ny tendrombohitra sy ny lempona
novolen' ny kintako.

Efa nahita antitra maro dia maro aho
nefa mbola tsy nisy iray hoatr' an' iny.

Ny alin' ny volony taloha
dia nodiasan' ny fenomanan' ny fahasolana
voahodidin-kirihitra fotsy manify ;
ary ny vavany tsy mahay miresaka intsony
afa-tsy amin' ny razana miandry azy,
dia miboredika hoatra ny an' ny ankizy,
na dia mamboraka ny tsy fantatra aza.

Inona sisa no hitan' ny masony mavesatry ny andro niainany ?
Babo ao ny fahatanorany  !
Babo tsy afa-milefa !

Ary nony  nijery ahy izy ka nitady ny tendro aman-dempona
tao anatin' ny felatanako,
nony tojo ny ahy ny fijeriny ritra
ka nahavinany lelafo milamina tao
dia mbola inoako ihany fa nikofokofoka
tao ny fahatanorany,
nikofokofoka foana tao.

Tsia, tapak' ilay babo ny fatorany,
ary voavonjy izy :
tonga nofo indray tao anatin' ny ahy izy
araka ny finoan' ilay tena antitra
izay nitara-tena tao amiko.


Galerie de portraits :
Avec l'aimable autorisation du peintre Gaude, nous reproduisons quelques unes de ses productions.
Brève interview du peintre par Shazane (4ème) :










L'artiste dans son atelier : le peintre au travail.



Quels objets renvoient au travail du peintre ?
Pour contacter le peintre Gaude :
pieromen@moov.mg

Vers l’art contemporain :
Passons du "Vieillard au regard d’enfant" au "Nouveau né au regard de vieillard" :

Réflexion sur la représentation des étapes et des âges de la vie.
Réflexion sur le grossissement (hyperbole, taille, proportion).
De l’usage du rouge ? du sanguin ?
Du grossissement ?

Mises en vis à vis :
Sans-titre, Sanguine, de Gaude, oeuvre du patrimoine local.
A Girl, 2006, de Ron Mueck. Approche de l’art contemporain.
Niveau lycée ou milieu de 3ème.

https://www.youtube.com/watch?v=2O0HQA2Qqf8

http://fondation.cartier.com/#/fr/art-contemporain/26/expositions/866/ro...

http://www.voir-et-dire.net/IMG/pdf/ronmueckdossierdepresse.pdf



A Girl, de Ron Mueck, 2006.

Que voit-on ?
Qu’a voulu nous dire l’artiste ?

L’hyperbole : le poids de la vie ?

Points de différence avec la sanguine ?
Points de convergence  : le fardeau de la vie ? la représentation de l’âge ?
Les moyens utilisés ?
Enfant aux portes de la vie ou de la mort ?

Du rouge terre au rouge amniotique.
Mise en jeu du sacré ?
Drôlerie ou violence ?
Force ou fragilité ?
Qui pèse ? Qui est léger ?

Taille grossie, mais proportions conservées.

Propos d'élèves de 3ème  autour de la "Sanguine" de Gaude et l'oeuvre de Ron Mueck, A Girl, deux oeuvres en vis à vis :

"La sanguine montre la mort (fin de vie) et l'oeuvre de Ron Mueck la naissance (début de vie). Mais le bébé a un regard de vieux". (Valisoa).
"On voit un bébé qui vient de naître avec du sang et son cordon ombilical ; il a un seul oeil ouvert. On dirait un bébé adulte. Dès la naissance, on voit les traits de la vieillesse dans les traits du bébé. L'expression marque la dureté de la vie". (Haingo)
"On dirait qu'ils ont le même âge". (Christian)
"Il y a une ressemblance entre le vieux et le bébé" (Océane)
"Le vieux a un regard de jeune, et le nouveau né a un regard de vieux" (Brigitte)
"Les vieux, on s'en occupe comme des nourrissons" (Roan)
"C'est fascinant, mais pas beau à voir. En tout cas, quel que soit le physique, on peut avoir son petit succès !" (Fitahiana)


Pour contacter l'auteur de l'article :
charles-edouard.saint-guilhem@rcassin-fianarantsoa.com